Filip Mirazovic
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Autoprotrait de Filip Mirazovic : 'Self-portait with sharpshooter'
"Self-portait with sharpshooter" - 30x40 - 1992 - Filip Mirazovic

 

« Mon médium est l’histoire de l’art, plus précisément celle de la peinture. Je l’instrumentalise pour raconter le monde dans lequel je vis. Je suis donc un peintre contemporain. Mais ce qui stimule avant tout ma journée de travail est ce besoin d’emprunter le chemin formel et symbolique de la « Grande Peinture », un parcours, un processus entamé depuis le début de l’art par les artistes. »

Né en 1977 à Sabac, quatrième ville de Serbie et véritable bastion des Arts- Plastiques, Filip Mirazovic est initié à la peinture dès l’âge de sept ans par son père peintre, historien de l’art et directeur, à l’époque, du musée national de cette ville.

Dès 1985, Filip Mirazovic parcourt le pays (l’ex-Yougoslavie) avec ses parents, visitant nombreuses expositions d’art contemporain des balkans. Il découvre ainsi les pratiques radicales des Rasa Todosijevic, Marina Abramovic ou encore Irwin. Mais c’est la peinture de facture figurative qui retient son attention. Il dévore les monographies des peintres Italiens de la Renaissance, des Flamands et Hollandais du XVII ème, des Français et Anglais du XVIII ème, des romantique Allemands et Français, des peintres Américains du XIX ème et du XX ème Siècles (Hudson river school, J.S.Sargent, Ashcan school, Andrew Wyeth) et s’intéresse aux pratiques picturales de Robert Rauschenberg et de Jasper Johns. Il commence à copier en dessin les oeuvres des maîtres.

A la fin des années 1980, il découvre pour la première fois les originaux de Rubens lors d’une exposition temporaire au Musée National des Beaux-Arts de Belgrade. C’est à partir de là que son désir de prendre le même chemin formel que ces grands peintres va s’affirmer. Dès lors, Filip Mirazovic visite les ateliers de plusieurs peintres serbes au contact desquels il va commencer à développer sa sensibilité picturale, figurative réaliste mais habitée par une atmosphère fantastique et inquiétante.

A l’époque, les peintres qui le marquent le plus sont Milic Stankovic (dit Milic od Macve), le groupe Mediala (en particulier le grand Leonid Seika), Mica Popovic, Vladislav Lalicki, Mersad Berber, Milos Sobajic ou encore Vladimir Velickovic.

En 1992, il quitte la Serbie où la Guerre et une dictature oligarchique prennent le pas sur la raison.

C’est en France que sa famille trouve refuge, faisant partie, en ce début des années 1990, d’une importante vague d’émigrants serbes éparpillés aux quatre coins du globe, chassés de leur pays d’origine par la folie Milosevic.

Il s’installe à Paris où il peut enfin admirer les Maîtres au musée du Louvre et au musée d’Orsay. Il découvre aussi l’art contemporain français et international dont seulement quelques représentants éveillent son intérêt (Chris Burden, les frères Chapman, Absalon, Henrik Plenge Jacobsen, Christian Boltanski et Stephen Balenkhol).

En 1997 Filip Mirazovic est admis aux Beaux-Arts de Paris où il intègre simultanément les ateliers de Vladimir Velickovic et de Christian Boltanski.

Malgré une atmosphère générale encourageant essentiellement l’expérimentation, il poursuit un travail pictural figuratif (l’huile est depuis plusieurs années son médium de prédilection). Le geste devient plus ample, la palette est plus sombre, plus artificielle. Les tâches noires, blanches, grises collent, dégoulinent sur la surface de la toile agressant les tons pastel de la palette et la structure classique de la mise en scène. Parfois, la surface peinte est brûlée, lacérée.

Les compositions sont simples et directes et le premier degré thématique est assumé (donc forcément restrictif) et fait appel à certains éléments formels du réalisme socialiste et de l’affiche de propagande. Les thèmes de l’époque : le déracinement, la guerre, l’endoctrinement, l’holocauste.

Nous sommes dans les dernières années de la tragédie des Balkans et Filip Mirazovic reçoit fréquemment de mauvaises nouvelles de son pays.

Cherchant sans cesse à améliorer sa technique (persuadé qu’un propos clair dépend d’une technique maîtrisée), il entame en parallèle, un travail de copiste. Il va réaliser plusieurs grands formats d’après les maîtres du XVIIIème siècle français dont plusieurs ports de France de Claude Joseph Vernet (La Rochelle, Bordeaux, Rochefort), probablement le peintre le plus « technique » de son époque.

Il réaffirme alors le choix d’une expression picturale narrative et organisée dans la lignée des maîtres du XVIIIème et du XIXème siècles.

Entre 2003 et 2005, il réalise une série de peintures intitulée « Vanitas Still Life » dans laquelle il convoque les codes et les éléments du répertoire classique auxquels il adjoint certaines images d’Epinal du monde contemporain.

Sans chercher à refouler l’héritage de la peinture occidentale, mais au contraire s’inscrivant dans l’exigence obstinée de la facture picturale des maîtres, il cherche son geste, sa « maniera » et ceci à l’intérieur des codes fournis par l’histoire de l’art. Pour mieux écrire entre les lignes. Pour commencer à établir une état des lieux sur nos civilisations (thématique forcément non exhaustive et frustre), avec le moyen d’une peinture réaliste, observée et mise en scène.

Démarche bien ambitieuse tant elle est truffée de pièges endémiques liés à la fois à la peinture figurative elle-même mais aussi à la façon dont elle a été perçue durant tout le siècle dernier.

Démarche peut être d’ores et déjà vouée à l’échec tant il est difficile de saisir la lointaine lumière des maîtres.

Tâche plutôt délicate, mais la voie se doit d’être poursuivie.

 

Radovan MIRAZOVIC et Milivojie VASILJEVIC